05/03/2012

Du lien filial ou comment tenter de comprendre la fin d'un tout

Une soirée tranquille, de la musique, des clopes ( faut vraiment que j'arrête), des idées? Je ne sais pas peut-être... Encore et toujours prise dans le tourbillon du quotidien. Ecrire une fois par mois devient le but de mon arbre mental. Encore et toujours des mots sur ces journées, plus de films, plus le temps, plus de sport, plus le temps; à peine des moments décrochés en dehors de cet arrêt de la pensée. Je fonce sans me retourner, évaporée parfois, solide dans le chemin des traits de crayon sur le bloc notes. Des questions pourtant, dont les réponses traversent les neurones et repartent comme une buée. Sans fondations, elles se transforment en flocons, en cristaux et je les regarde sur la vitre de mon esprit en les laissant filer vers un printemps certain. L'expérience du calme et du sourire est une chose précieuse que je ne pensais pas trouver à ma portée. Evidemment tout ne se fait pas sans tensions. Il y a des situations, des discussions, des rencontres qui crispent, tendent, comme une décharge électrique, un éclair de sensation désagréable mais cela ne reste pas. Les orages sont passagers comme en été. Je n'ai rien à dire mais j'essaie, c'est ennuyeux sans doute. Je m'auto-ennuie parfois avec ma contemplation interne nombriliste. J'imagine donc bien ennuyer les autres... peu importe. Je ne vois pas plus loin que le lendemain ou du moins j'essaie. Je fais des projets à court terme. Je prends conscience de l'immédiat car je n'ai pas le choix et ça me change. Et je fais de la prose de bas étage. 
Voilà une longue introduction sur pas grand-chose, sur ma propre vapeur. Les changements de 2012 continuent, les accidents sont légers et les angoisses qui peuvent survenir ne restent pas, ou du moins pas pour l'instant. Je fais l'expérience de la relation que j'avais oubliée et de la fatigue du travail que je découvre. Tout est normal au final. Cette normalité est douce. 
La semaine dernière je suis allée à un enterrement dans ma famille. C'était triste, les choses de la vie. Mais qu'une messe peut être ennuyeuse! aussi triste que soit la situation, est-on obligé de se prêter à ce spectacle ? Il y avait tout le village présent avec la figure conséquente, un curé qui a enchaîné des poncifs et des chants terriblement faux... et nous on disait au revoir de façon intérieure et sans doute nous étions plusieurs à attendre que cela cesse. Pour ceux qui avaient envie de rendre un hommage public, c'est une bonne chose sans doute, cela permet d'entamer le deuil en quelque sorte. Pourtant dans cette mise en scène ( nécessaire peut-être ) il faut voir les ficelles et les rouages, le scotch du peintre. On allume une bougie, on allume l'encens, on décore le cercueil, on sert des mains, on lit des mots de la bible qui font grincer les dents ( les miennes en tout cas ) on regarde les autres pleurer ( quand nous on ne peut pas pleurer ) on regarde les vitraux... et on se dit à quoi bon... Au cimetière, il y a ce trou ouvert et béant où reposent déjà d'autre membres de la famille, on les cherche du regard mais on ne voit que la terre qui recouvre les autres cercueils. C'est bête à dire mais c'est drôlement paisible un cimetière, j'ai même trouvé certaines tombes très bien faites avec des couleurs et des pierres tombales originales... incapable de me concentrer sur autre chose que ce qui m'entourait en écoutant les chuchotements des gens... "C'est qui cette fille? ah mais c'est la fille du fils qui vient de Divonne...ouh là là comme elle lui ressemble c'est dingue... c'est quoi son prénom, ah ben je l'avais jamais vue"
Je suis un peu anesthésiée depuis la semaine dernière. Derrière les fenêtres de la voiture qui me ramenait chez moi, j'observais le paysage ensoleillé que je connais si bien, celui des Dombes, avec ses étangs , ses arbres, ses oiseaux de toutes sortes, ses villages mornes et je me suis dit qu'une partie de mes gênes venaient de cet endroit et cela m'a aidé à comprendre pourquoi je me sentais vide avec des sensations en gouttes d'eau. J'ai intégré tout ça, ma pensée comme des branches d'arbres qui se gèlent quand les sentiments sont trop forts. Je ne comprends pas toujours ce vide du dedans. Il y a toujours trop de pensées pour ressentir vraiment. Un trou béant recouvert de la terre génétique. 
Je n'ai jamais vraiment compris le lien familial en dehors de celui qui m'est évident et indispensable. Il y a aussi celui que j'invente avec ceux qui me sont chers. Et il y a celui qui m'a été donné par filiation, celui qui parfois m'échappe, au risque de heurter les membres de ma famille qui me liront. Ce n'est pas que je n'ai pas de sentiments mais ils se perdent dans cette terre brassée par nos vies. Je regarde ces autres avec lesquels je partage des informations génétiques et malgré certaines évidences ils me paraissent parfois si loin de moi. Et dans ces moments forts ils me sont proches. Il y a ambivalence, multiplicité du sentiment et ce surplus d'informations vient annuler le tout. L'addition des sensations qui se concentre en une seule goutte d'eau au milieu d'un étang des Dombes.
Le lendemain pourtant, l'information est traitée, mais pas digérée pour autant, elle met du temps. Elle place un nouveau bourgeon sur la branche qui laissera place à une pousse d'idée ou de ressenti.
Ou comment expliquer par une métaphore peu originale quelque chose de simple et qui nous constitue tous. Je tourne en rond, j'ai juste envie de chanter le générique de mon enfance" c'est l'histoire de la vie!!" 
J'arrive au bout de mon article, je regarde la vapeur de la nuit derrière ma fenêtre et je souris en repensant à cet autre générique " l'aventure des plantes". Rien ne peut entamer l'espoir que je ressentais quand j'entendais cette musique alors que je ne comprenais pas le sens de tout ça. J'en avais un pressentiment sans doute, celui que j'allais aimer certaines personnes et d'autres pas. C'est cette possibilité du choix qui fait que je ne crois pas à la fatalité, laquelle pourtant nous reviens toujours en pleine figure quand on doit traiter en famille l'information de notre propre fin. Dans ces moments je me sens comme un héron sur un étang des Dombes, je m'envole pour voir si la terre est plus fertile un peu plus loin, un peu plus humide et propre à la vie.


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