14/11/2014

Cosmos et améthyste

Le soleil se transformera un jour en géante rouge; ce jour là, la terre disparaitra. 

Cette phrase comme énoncé d'une de mes angoisses du passé, quand avant de m'endormir je lisais le Big Bang raconté aux enfants. C'était un des chapitres de mon Encyclopédie de la Vie. Cette lecture eut sur moi à cette époque comme résultat de déclencher des interrogations sidérales. Mon esprit étant incapable de pousser plus loin la compréhension de notre existence, il s'en est suivi une intranquillité qui ne m'a jamais vraiment quittée. 

L'enfant fille que j'étais, laquelle ne cessait jamais de se poser des questions et de questionner son monde, ne put pourtant pas accéder à un chemin scientifique. Par manque de capacités peut-être, mais aussi parce que l'école républicaine française dont je suis un pur produit, décréta rapidement que j'étais mauvaise en sciences mais heureusement douée en matières littéraires.
Collée à mon genre j'achevais donc mon lycée dans une classe de 33 filles sur 37 élèves. De là à y voir un conditionnement, il n'y a que quelques millimètres.

Je n'ai donc jamais rien approché de la science du cosmos que sa vulgarisation, ses légendes et ses constructions fictives. En ces jours où l'Agence Spatiale Européenne fait atterrir un robot sur une comète à 510 millions de kilomètres de la terre, mes questions et ma frustration refont surface en arrêtes stridentes.
Contrairement à l'univers nos esprits ont leurs limites. Le mien se heurte à l'incompréhension de la raison de notre existence. 
Sommes nous des accidents, le résultat d'une volonté extérieure, la mort est-elle comme "tomber" dans le vide spatial ou comme un sommeil noir et éternel, y a t-il quelque chose après, devons nous croire, pouvons nous croire, croire en la science est déjà un départ non? mais est-ce suffisant? Si l'univers est en expansion pouvons nous espérer que notre connaissance et notre sagesse le soient aussi tout en nous éloignant toujours davantage de la réponse?

Ces circonvolutions de mes connecteurs cérébraux déclenchent encore parfois des sensations étranges, comme regarder dans un miroir qui regarde dans un autre miroir. Cela fait parfois peur, parfois cela fait rêver; je suis consciente de ma propre gravité.
En boulimique de compréhension et de déconstruction, je perds parfois le fil.
Je me mets à juger, à craindre, à ne plus aimer, à rejeter avec pour seule arme ce que certains qualifient d'arrogance et que d'autres perçoivent comme du mépris teinté de sarcasme. Nous sommes nos propres énigmes, en résonance à nos relatives complexités. Nous devons peut-être ne rien attendre mais continuer de chercher en acceptant le risque de notre éventuelle déception. Comme Hubert Reeves le dit, "il faut bien avouer que malgré toutes nos découvertes, nous ne savons rien". Ce n'est malgré tout pas une raison pour le contentement. Ne jamais cesser d'interroger est sans doute le gage d'une éternelle jeunesse de l'esprit et ce grand astrophysicien en est un magnifique exemple. 

Pourtant nous sommes à l'âge sociétal de la répression et du retour à la morale construite au moyen-âge.
Comment pouvons nous en même temps atteindre une comète lointaine et nous retrouver face à des esprits aussi étroits que ceux qui manifestent pour que les filles restent roses et les garçons restent bleus? Nous vivons une société à deux vitesses qui semblent bien incompatibles. 
Nos esprits ne sont pas des robots, nous ne pouvons pas les lancer sur une sonde en espérant qu'ils touchent la connaissance et des découvertes fondamentales. Alors quand regarder en plein dans notre propre accélérateur de particules fait peur, on se jette à corps défini dans des certitudes surannées et rassurantes. Rien ne dépasse, pas de miroir dans un autre miroir. 

En réponse, il reste nos cosmos personnels où se réfugier quand l'extérieur devient trop âpre. 
Le mien est formé de flocons de neige et de paillettes, de connexions arborescentes. 
J'y évolue au coeur d'une forêt de quartz, pas à pas, doucement en effleurant les arbres. Caresser la pierre, sentir son froid, sa matière, entendre sa couleur et chercher les branches; le bois de cristal et ses rayons.
Mon âme se cultive dans un sol minéral, le regard pointé vers les étoiles. 



    

05/09/2013

Midwest, volonté et ressenti


J’ai toujours pensé que la volonté était une capacité inscrite en chacun de nous ; toujours, jusqu’a ce que je constate que cette dernière était peut-être en moi et que je la projetais chez les autres.
Nous ne sommes pas égaux sur ce plan. Il y a un déséquilibre des capacités en chacun. Pour ma part, ma volonté d’avancer et de me transformer est un moteur de vie et c’est sans doute grâce à elle que je suis encore là à tenter d’équilibrer la balance interne de mes émotions.
Après je reste tordue malgré tout, tordue comme un trombone. Dans les coudées de l’objet s’accroche les choses vues, ressenties, entendues et parfois comprises. Elles s’y accrochent et s’y entassent.

J’ai voulu oublier mon envie d’écrire, j’ai voulu cesser de me mettre en état méta mais il a fini par me rattraper dans un des virages du parcours. Cet endroit était pourtant confortable, j’y entassais tel le hamster que je suis, des paillettes, du kitsch, des plumes et des fourrures. Insouciante, je me pensais vraiment sortie d’affaire, je me laissais vivre avec comme seule préoccupation la couleur de mes ongles.

Sur les routes des Etats-Unis, en rendant réel un de mes voyages rêvés, j’ai voulu ressentir chaque chose à chaque moment. De temps en temps, j’avais peur car je ne ressentais pas. Cette peur assombrissait le virage-refuge le temps de quelques miles.
Des petites entailles dans les tissus précieux m’ont rapprochée à nouveau de cette autre partie de moi. Celle où se trouve la volonté, la volonté de ne pas y rester.
Au retour, telle une tornade de l’Arkansas, les questions sont tombées et ont arraché les toits. J’aurais préféré rester aux alentours de la Nouvelle-Orléans, à contempler le végétal à perte de vue, mais il m’a fallut revenir là où tout est un peu à l’étroit. Là où les sentiments débordants, il faut repenser les fondations pour que cela tienne debout.

Il n’y a donc jamais vraiment de repos ? Le travail se devrait donc d’être permanent ?
Cela signifierait donc que toutes ces choses qui brillent et que j’aime ne sont que des artefacts de l’enfance à laquelle je m’accroche ? Que mon besoin d’être rassurée n’a rien à faire dans cette trentaine…
Oui, il est trop tard pour les caprices. On ne peut pas sans cesse aller de l’avant puis revenir en arrière, c’est aussi à cette forme d’acceptation que doit se raccrocher la volonté.

Ressentir…la volonté de ressentir…
Parfois, une musique entendue dans un club de Nashville rendait le ressenti immédiat, entier et fort. Partir à la poursuite des animaux sauvages de la Natchez Parkway apportait de l’oxygène aux cellules, tout comme avoir envie de rester sur les rives du lac Michigan afin de se laisser aller là, se laisser aller à l’avenir, en confiance, main dans la main.

En trois semaines de route, du nord au sud, du sud au nord, mes yeux ont emmagasiné tant de paysages qu’il me semble que je n’ai pas encore eu l’occasion de tout digérer. Il m’est encore impossible de mettre en balance tant de contradictions émergeantes au détour des rues d’une ville « morte » où toute vie est suspendue, où la pauvreté violente arpente les trottoirs comme à Memphis ou à Gary, à quelques kilomètres du centre ville de Chicago.

Cette violence était aussi troublante quand les gens croisés semblaient avoir abandonné la volonté ; la volonté de bouger leurs corps handicapés par cette nourriture irréelle avec laquelle tout le monde parait obligé de se nourrir. En face, les starlettes de la country avec leurs cheveux interminables en trapèze battaient le pavé dans leurs santiags pailletées.

Au détour d’un magasin de souvenirs nommé « musée » une statue d’Elvis ratée narguait les passants émus par cette authenticité fabriquée.

Il y aurait tant de moments à décrire, d’émotions sourdes à dire ; la larme versée sur les tombes de Johnny Cash et June Carter, les rires à Graceland, un sac plastique par objet à la caisse des supermarchés, les gens cools-vegans-tatoués de West Chicago, les rednecks du Kentucky, les orages cataclysmiques du Mississippi, les yeux des alligators, le goût des crevettes des eaux profondes, le regard des gens et leur « how u doin’ » et « awsome » , le sens du business Amish malgré leurs carioles, l’horizon infini, les gas and food, les colliers aux arbres de New Orleans, l’odeur putride des climatisations des motels, une église par habitant, la musique, les musiques, la bienveillance des gens du sud qui s’étonnent que l’on soit si loin « so far from home », l’envie de manger un fruit, juste un fruit, l’envie de marcher sans le pouvoir, Biloxi, Tupelo, la douceur du mot « Swamp », l’architecture délirante de Chicago, la Dodge Challenger dans laquelle il m’était difficile d’atteindre les pédales, le bourbon, le café des autoroutes, le monde à part des camions et de leurs conducteurs, les chapeaux de Madame Meyer, les blessures non refermées de Katrina, les rangers dans les grottes, la nourriture beige, l’histoire de Rosa Parks, le racisme bien vivant, ces mondes cohabitants sans se rencontrer, ces héroïnes de cabaret burlesque vendeuses de vintage, les magasins de cailloux et de pierres, la piscine guitare, les heures surréalistes passées en voiture, le bonheur de partager ce voyage, l’envie de rentrer, la peur de rentrer, l’envie d’y retourner…

L’image est commune, pourtant juste là, il me semble que les routes américaines sont comme une analogie de nos vies, elles semblent droites et interminables. On doit pourtant s’arrêter pour profiter de ce paysage changeant. La Louisiane est un paradis, l’Indiana ressemble à l’enfer. Tout y est si grand que nos sentiments parfois ne sont pas assez larges pour s’y épanouir. À peine le temps de reprendre le souffle de la volonté.

Issue de la vieille Europe, je tends à essayer de comprendre au lieu de laisser la place à l’émotion.

Je me vole en essayant de me raccrocher à ce qui me rassure. À présent je suis dans l’âge du Midwest.








03/12/2012

De la bile à l'humour

Voilà bien longtemps que je ne m'étais pas préoccupée d'écrire un peu. Mais bon, trouver le temps et le motif s'avère aussi compliqué parfois que de se faire une place sur le planning des lessives de son immeuble. C'est d'ailleurs une chose comique chez nous, la lessive; " je ne peux pas venir, j'ai la lessive" est une phrase convenue et sans appel. Déroger à cette organisation bien rodée c'est risquer de se retrouver avec l'impossibilité de s'habiller proprement pendant deux semaines; éventuelle horreur qu'aucun d'entre nous ne saurait concevoir, ou si peu; tête baissée et voix rentrée dans la barbe.
Nos vies quotidiennes sont bien agencées oui, et au final ce n'est pas si grave; quoique. Tout ceci manque parfois cruellement de ressort comique, et de mon point de vue, une vie sans humour est une existence sans espoir. Et pourtant! Je ne sais pas vous mais moi je me fais de la bile pour tout!
Tout est sujet à interprétation, à perte d'équilibre, à angoisse ou à une simple mauvaise compréhension. On me dit souvent d'ailleurs que je m'inquiète trop, pour rien ou pas grand-chose.
Mais voilà, ceux qui ont la chance de crier haut et fort que ce n'est pas grave, qu'ils s'en fichent, qu'il y a pire ou qu'au final ça ne changera pas le calendrier Maya; et bien ceux là ont beaucoup de chance ou mentent! Que celui ou celle qui ne s'est jamais fait un sang d'encre pour une broutille me jette le premier caillou...  que j'emporterai dans ma chaussure. 
Nous sommes tous très différent-e-s certes. Il y aurait les natures inquiètes, dont je fais partie, et les natures plus tranquilles, tant mieux pour eux. La psychologie pourrait d'ailleurs m'expliquer de long en large pourquoi ces états de pensée sont des faits, je n'en aurai que faire. Ceci ne change en rien ce qui m'inquiète. D'ailleurs quand je ne m'inquiète pas, ça m'intrigue, et je me demande ce que cela cache. Quel beau principe de vie non? Remarquez je ne m'ennuie pas ou très peu, car je divague beaucoup en sur-interprétations et croyez moi ce n'est vraiment pas évident à suivre pour mes proches; les pauvres.
Une tonalité de voix nouvelle, un regard inhabituel, une sensation soudaine et inattendue et c'est le début du stress. Une échéance trop proche, une chose très importante à faire, une décision à prendre... j'attends la dernière minute pour être bien certaine de m'inquiéter pour quelque chose de valable. 
J'envie tellement les personnes "au carré" celles qui organisent leurs vies comme un agenda Outlook avec des rappels, qui ont une structure mentale claire, qui font des rétros-plannings; mais malgré tout ces personnes m'inquiètent. Oui elles m'inquiètent car pour moi elles manquent d'abstraction. 
Manquer d'une telle capacité c'est aussi manquer d'humour et là le serpent se mord la queue: Comment rigoler un peu sans inquiétude? Les plus grands comiques sont pourris d'angoisses et ceci n'a rien de nouveau. Bon je ne me trouve pas très drôle pour autant, d'ailleurs parfois je me trouve sinistre, mais ce qui me sauve c'est l'auto-dérision, car sans elle, j'aurais sans doute l'impression de passer à côté de la vie. 
Peut-on rire de tout et avec n'importe qui? l'humour a-t-il une couleur politique? Puis-je dans le cadre d'une réunion au travail me permettre quelques bons mots sans passer pour une originale déviante? 
Toutes ces questions, vous l'aurez deviné, m'inquiètent. 
Je n'invente rien et n'en ai d'ailleurs aucunement l'intention, mais ce qui me montre parfois que j'ai un brin d'humour est sans doute ma capacité démesurée à me faire de la bile.
Accepter de rire de beaucoup c'est aussi prendre acte que tout le monde n'est pas conçu pareillement et accepter de rire de soi c'est aussi avoir conscience que tout le monde n'a pas le même trait de fonctionnement, pour ne pas dire, capacité. 
Vivre inquiet-e, c'est épuisant; épuisant pour soi et pour son entourage. Cela crée souvent des conversations surréalistes qui au final seront dénuées de sens. Mais il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des mots. Ils ont bel et bien un impact, et oui une intonation peut changer le cours des choses et avoir des conséquences qu'il faudra assumer ensuite. 
Cela me rappelle quand enfant à chaque rentrée scolaire je me présentais au prof de sport de cette manière " Bonjour, je m'appelle Virginie Lièvre mais je ne cours pas vite" ...c'est véridique. Bon les conséquences ont souvent été directes quand il fallait faire preuve d'endurance et j'aurais eu mieux fait de me taire. Car au final, j'étais déjà inquiète de ne pas réussir à faire quelque chose. En annonçant une contre-performance éventuelle, je définissais ma peur de ne pas être à la hauteur.
Quelle gageure! 
Mais voilà, mon besoin de décortiquer chaque ressenti est aussi ce qui me pousse à écrire, ce qui me pousse à aimer ou à ne pas aimer. C'est aussi ce qui me meut chaque jour et c'est enfin ce qui définit ma capacité à rarement lâcher l'affaire. Peut-être que l'inquiétude est ce qui énonce chez moi une forme de passion et d'intérêt. 
Il n'est pas question ici de formuler l'inquiétude comme moteur de vie, elle se doit d'être dressée, adoucie dans ses contours; mais elle fait partie du fonctionnement capable d'activer l'humour et la réflexion. Sans elle, aujourd'hui, je ne serai rien, ou pas grand-chose. Je me sentirais vide et sans fondations et surtout sans exigences. Vivre sans attentes ou si peu, envers soi et envers les autres c'est se voler un peu. C'est peut-être oublier qu'on a des droits et des devoirs qu'aucun jour de lessive accompli ne saurait rattraper. 
C'est enfin accepter que nos attentes et exigences sont parfois différentes des autres et qu'il faut s'en accommoder sans déception. C'est inutile, nous n'avons que très peu de poids sur les vies des autres et sur les nôtres tout aussi peu. Seul peut-être l'humour peut nous sauver de nos inquiétudes. Il nous permet de formuler ce qui nous tend sans passer pour des dégénérés. Encore faut-il savoir le doser et prendre acte de ses différents degrés.
J'aime mon inquiétude aussi bien qu'elle m'exaspère; car elle est créatrice. Elle m'éloigne chaque jour de l'ennui et me permet d'avancer dans une forme de confiance qui au final est réinventée chaque matin. 
Se faire de la bile, c'est donc aussi s'aimer et être capable d'aimer les autres. Ou comment être capable de recycler tout ce qui paraît impossible. 
C'est l'écologie du ressenti.  

23/09/2012

Être trentenaire c'est super

Un jour sans doute, un jour peut-être, je serai vieille. J'aurai apprivoisé mes peurs et mes doutes en m'en créant d'autres relatives à mon âge. J'aurai mal quelque part et des rides sinueuses et creusées avec celle du lion, celle de l'inquiétude, en marque principale de mon visage.
J'aurais peut-être eu une belle vie remplie de changements, de joie et de peines. Un travail ou plusieurs, auront jalonnés mon existence et défini la vieille femme que je serai, du moins en partie.
J'aurai peut-être une famille, qui viendra manger parfois le dimanche un plat vaguement réconfortant dénué de talent. J'aurai compris des choses sur la vie de ceux qui m'entourent et accepté leurs forces et leurs faiblesses. Je ne serai pas fatiguée car la fatigue n'est pas intéressante, mais je serai enfin oisive en toute quiétude, sans culpabilité, je pourrai enfin laisser libre cours à ne rien faire et attendre. Peut-être que je ne serai pas seule, que j'irai boire un thé ou l'apéro avec mes copines après avoir fait quelques brasses avec mon corps ralenti. Vivre à Lausanne, toujours? peut-être. Mais j'aurai beaucoup voyagé, à l'est surtout et je serai revenue avec une Volga.
Partir de cette idée de l'avenir comme début de ce texte, c'est accepter de partir d'une projection floue et surtout dans quel but? Il s'agit avant tout d'un exercice. Quitter ma maison interne et par la pensée imaginer une suite lointaine au fond du jardin des possibles. 
J'ai du mal à écrire en ce moment, non pas que je n'en n'ai pas envie; je me sens juste un peu plus calme et moins dans l'urgence des mots. Il y a des périodes comme ça où tout semble agréable et doux. Les aspérités sont gommées, où la joie réside dans un sourire, une période où je redécouvre le mien et où il me parait normal, naturel et logique.
Je deviens plus à l'aise avec les autres et même si je reste sur mes gardes, toujours, je profite pleinement de ma vie. 
Les petits cailloux dans mes chaussures sont toujours là pourtant, deviendraient-ils supportables? Sans doute que j'ai décidé simplement de mettre tout ceci entre parenthèse. La trentaine assagit le conflit en soi, la trentaine donne des envies que l'on ne soupçonnait pas. L'indépendance tourne des pages nouvelles, et il semble normal de se laisser aller à la projection d'un futur hypothétique. Ce n'est donc pas vraiment d'un exercice qu'il s'agit en somme, mais plutôt d'un réflexe. 
J'ai toujours eu peur d'exprimer mes envies, mes sentiments (même si au final je ne fais que ça) mais en superstitieuse notoire, il m'a toujours paru délicat de le faire, par peur que cela casse tout, que cela empêche la réalisation de ces fulgurances de l'esprit. Laisser aller mon imagination au futur me tend car les branches poussent trop vite parfois; j'ai toujours peur que cela s'étiole. 
Quelle position prendre alors face à tout ceci? je n'en sais rien, j'oscille entre plusieurs sentiments mais je décide que la joie est à ma portée et qu'elle a sa place dans ma vie. Depuis quelques temps j'ai décidé de m'en donner les moyens. De faire un pied de nez à ma superstition, d'exprimer ce qui me tient à cœur quand j'en ai envie, de ne plus me poser de problème avec le "timing", bon ou mauvais il est au final souvent juste. Et qui vivra verra dit le proverbe (je n'aime pas les proverbes).
Dans tous les cas, un jour je serai vieille et peut-être que Lausanne me paraitra loin. Mais j'aurai vécu pleinement chaque chose, acte, pensée, sentiment tel que j'en aurai eu envie. On guérit de beaucoup de choses et je crois avoir guéri de mon pessimisme ou plus exactement de mon manque d'optimisme.  Quelle différence? je la connais et ceux qui me connaissent le savent aussi, c'est le principal pour moi. Conserver ma cohérence reste primordial à mes yeux. 
Je continue mon chemin, entière et confiante et surtout souriante. Oui oui c'est vrai je souris...

12/08/2012

De la solitude à l'indépendance

Ne pas écrire pendant longtemps c'est expérimenter un manque, mais il ne s'agit pas ici de mieux retrouver les mots. Pause estivale, vacances, ennuis d'ordinateur, manque d'imagination, lassitude... je ne sais pas; voilà.
Pourtant j'ai vu beaucoup de films, beaucoup de spectacles aussi et j'aurai sans doute pu écrire tout autant; j'ai pris des vacances globales.
Je pourrais aussi régler quelques comptes car la médiocrité de certains me désole toujours autant, mais je ne suis personne pour me permettre ce genre d'impudeur et quelque soit mon agacement je ne le ferai pas ici. 
Je suis partie en vacances toute seule pour la première fois de ma vie. J'ai décidé ça sur un coup de tête, deux semaines loin de tout et de tout le monde dans un endroit où pourtant ce n'est pas la solitude qui caractérisait les autres vacanciers. Dans une station balnéaire grecque sur l'île de Kos, j'ai adoré être en tête à tête avec moi même. J'ai adoré me reposer, ne pas compter, parler uniquement si j'en avais envie, lire, encore lire, nager, prendre du soleil et de la chaleur en stock pour les mois à venir et marcher sur la plage le soir en laissant mon imagination se nourrir du mouvement des vagues.
Devenir vaguement kitsch et aimer ça, voilà mon expérience estivale. 
Il a s'agit de choisir la solitude, elle ne me fut pas réellement imposée et c'est au moment du choix que j'ai saisi la portée personnelle de ce dernier. Effectivement, je peux choisir certaine choses importantes pour moi, j'en ai le droit et je l'avais trop souvent oublié. Car je me suis souvent plaint auprès de mes proches de cette solitude qui me pèse dans mon quotidien, qui elle n'est pas un choix fondamental, qui est un fait concret, un résultat des aléas de ma vie. Toutes mes conclusions me rapportent à elle, pour le moment en tout cas. J'ai donc décidé de l'apprivoiser et d'en faire mon atout, ma qualité, ma valeur. Ce n'est plus de solitude dont je parle, mais d'indépendance. Il m'aura fallu toutes ces années de vie pour l'aimer, l'aimer avec intensité. 
J'ai pu constater que cette décision est parfois difficile à comprendre pour les autres. En vacances par exemple où une jeune femme seule interroge ceux qui la voient passer. Pourtant être seule dans ce cadre c'est aussi accepter de payer un supplément pour une chambre d'hôtel, c'est occuper une table pour deux dans un restaurant bondé, s'allonger sur une chaise longue de plage sous un parasol réservé pour deux normalement, c'est accepter de répondre gentiment à celui qui vous aborde en vous demandant pourquoi vous avez l'air si triste ou pourquoi vous ne souriez pas.
Mais voilà, sourire à la ronde et à l'air ambiant, c'est aussi passer pour une folle, allez comprendre les réactions des gens. C'est aussi parfois accepter le dialogue et rencontrer des personnes intéressantes et agréables mais aussi devoir supporter l'effet de groupe autour de soi quand on ne le désire pas forcément.
Être seule en public c'est être comme un miroir pour les autres, quelque chose déplace les convenances. On se demande pourquoi, quel évènement vous a poussé à cette situation.
Et si le seul évènement est justement une simple décision? Les visages s'éclairent, les langues se délient, quel courage m'a t-on dit...
C'est absurde, et c'est cette absurdité qui rend l'expérience géniale. Elle permet d'enregistrer des images, des sensations, des mots, des regards, des attitudes; enregistrer ces pointes de vie pour les moments d'ennui à venir. Une liberté mentale totale. 
Dans l'éventualité de l'oubli, j'ai même poussé la chose jusqu'à m'envoyer une carte postale. Je me suis écrit quelques mots sur ce bout de carton souple pour pouvoir avoir un support de souvenir, pour que ces pensées soient toujours le témoin de cette expérience somme toute banale, mais qui fut très importante pour moi.
Elle n'est que le début des prochaines à venir, il s'agit d'une forme de bilan après un début d'année intense et riche.
Je savoure enfin l'indépendance que j'ai désiré si longtemps.
Et même si certains jours ma solitude me dérange comme un petit caillou dans la chaussure, je sais qu'à l'occasion je pourrai repartir sur cette île grecque ou ailleurs pour retrouver l'avantage de cette dernière.
Je m’apprête à reprendre le travail demain et je sais déjà que le repos pris ne fera effet que peu de temps, que mon arbre mental fera rapidement des siennes, qu'il faudra gérer ce quotidien, ces manques, ces illusions et mes contradictions. 
La vie est ce qu'on en fait, et en marchant sur cette plage, j'ai décidé que la mienne était formidable.  


 

04/06/2012

"Prometheus" ah bon?

Dimanche 18h30, heure du cinéma de masse, ( et surtout heure des VO ces perles rares )  je me suis pressée d'arriver bien à l'avance afin d'avoir une place décente pour voir "Prometheus" en 3D. Evidemment, Ridley Scott et la science fiction sont un mariage idéal depuis "Alien" et "Blade Runner"j'avais donc hâte de voir ce film. Lunettes sur le nez j'ai tout d'abord pu profiter des trailers des prochaines "merveilles" d'Hollywood en 3D, lesquelles hormis le prochain "Batman" qui me fait trépigner d'impatience, sont plutôt comiques; c'est donc par un fou rire difficile à arrêter que mon amie et moi avons conclu le trailer du " Abraham Lincoln, vampire hunter ". Non mais sérieusement comment une idée de scénario aussi grotesque peut germer dans une tête? Godard serait d'ailleurs en train de préparer un film en 3D lui aussi, je me demande bien comment il va se sortir de cette technologie au final peu intéressante en dehors du Futurospcope de Poitiers...
Enfin bref, cette digression étant faite, revenons à nos xénomorphes et consorts.
Alors inutile de vous dire qu'il n'y a pas de quoi se jeter contre les murs d'hystérie. En dehors d'une direction artistique hyper réussie, le scénario et les personnages sont franchement vides. On aurait d'ailleurs pu imaginer ce film sans dialogues, il aurait du coup peut-être été plus intéressant.
Imaginer que les humains ont été crées par des "ingénieurs" extra-terrestres géants, à la base je trouve ça super et audacieux comme seule la SF est capable de nous le faire passer. Mais voilà ça ne sert à rien si le scénario est cousu de vent et que l'énergie est globalement déployée sur une forme ( encore et toujours ) et non sur une tentative de résolution de l'idée de départ.
Alors voilà, les images restent en tête, l'ambiance est magnifiquement réussie, les aliens sont encore mieux qu'avant mais ce film n'a pas l'intérêt et le charme du premier " Alien ". Le cinéma de genre était-il mieux avant? Brrrr encore une pensée de réac'...mais en même temps les manques de techniques des années 70' par exemple,forcaient à déployer d'autres traits dans les intrigues ou dans les bibles de personnages.
Ici, les acteurs prêtent leurs corps à des personnages mous et creux et seul le génial Michael Fassbender s'en tire avec les honneurs, normal peut-être puisqu'il joue un androïde.
Depuis "Blade Runner" les androïdes sont mes personnages préférés, ces robots voulant être comme nous et qui au final font preuve de bien moins de cruauté que leurs créateurs.
C'est toujours un peu la morale de ces films d'ailleurs, le créateur est toujours bien plus cruel que la créature.
Les autres ne font que passer, même Charlize Theron dont les motivations à la froideur de son perso m'ont totalement échappées. Reste Noomi Rapace, le docteur Shaw, scientifique et croyante...mon dieu je glousse de tant d'audace...hum.
Une autre chose à sauver dans ce "Prometheus" est l'omniprésence de l'humidité et de la moiteur, esthétiquement hyper efficace et angoissante comme une fièvre tropicale qui envahie les images, cette chaleur visuelle envahie aussi la tête du spectateur et les attaques des xénomorphes en deviennent encore plus stressantes.
Ma conclusion est donc aussi prévisible que la fin du film, allez-y pour vous divertir et profiter d'un visuel génial ( merci Giger ) mais les puristes de la saga Alien seront sans doute aussi déçus que moi.



02/06/2012

Pensée en forme...?

On me demande souvent pourquoi je ne fais pas plus d'efforts pour rendre mon blog plus " soigné " dans sa forme, ceci afin qu'on puisse mieux le lire, avec plus de confort.
Bon, juste une chose, je ne connais rien à rien en ce qui concerne ce genre de trucs! J'arrive à dire quand la forme d'un contenu est belle ou pas, c'est déjà un départ...mais voilà moi, le graphisme, les polices, les trucs d'apparence vendeuse, l'efficacité...connais pas.
J'exagère, vous pensez bien, l'apparence des choses, je sais l'apprécier, sans aucun doute; mais tout dépend de quoi il s'agit. Mais là, il y a un certain obstacle technique que je ne saurai surmonter. Je veux bien trouver quelqu'un qui me rende toute cette histoire plus "jolie", il ne faudrait pas croire que je m'en fiche.
C'est juste que l'envie n'a jamais été forte. Est-ce orgueilleux de penser qu'on privilégie le contenu plutôt que la forme? Sans doute un peu, car si on veut réellement être efficace, l'un ne va pas sans l'autre; mais la dématérialisation de l'écriture est un fait qui distord le rapport à l'objet porteur de sens.
Je suis pourtant  la première à avoir abandonné mon carnet Moleskine au profit de ce blog, évidemment quand avant j'écrivais quelque chose dans mon cahier noir, je n'allais pas me mettre au milieu de la rue pour le lire à qui voulait l'entendre. Le blog a changé ça, je suis lue à présent, c'est le but.
Ne dirait-on pas Tatie Danielle qui découvre la technologie? Un peu non ...?
Il ne faudrait pas croire que j'ai découvert tout ça la semaine dernière. Simplement hier soir avec des amis, on a eu cette conversation sur le rapport au virtuel, sur le "comment c'était peut-être mieux avant" sur le " les kids d'aujourd'hui ne respectent plus rien" une vraie conversation de vieux cons! angoisse....
Je déteste parler "d'avant" de "maintenant", comme je l'écrivais récemment, je ne crois pas à la conjugaison ainsi qu'à la responsabilité du temps-si je peux m'exprimer ainsi- Il faudrait penser les choses globalement, prendre en compte l'ensemble des paramètres avant de s'exprimer et d'énoncer au final un discours plus proche d'un populisme de droite que des bonnes pensées de gauche un peu lasses qui tentent d'expliquer ce que seule,éventuellement,la sociologie peut essayer de faire. Ce qui me fend le coeur (à dire avec l'accent de Bourvil ou de ma grand-mère, à choix) c'est que l'âge rend normatif. Il en faut de la discipline pour ne pas tomber dans le raisonnement facile, dans la prise de position molle, dans la lassitude des autres. C'est comme si avancer dans le temps donnait des certitudes qu'on estimait justes.On enfile des perles de mots en ayant l'impression d'avoir compris la vie, la société. Non mais sérieux? Comment comprendre ce qui grince?
Ou comment confondre le féminisme avec une théorie reservée uniquement aux femmes et du même coup desservir le propos tout en se pensant progressiste.
Car voilà, s'il y a bien une chose que l'on sait mais qu'on se refuse d'accepter, c'est que l'apparence de notre société n'a rien à voir avec son contenu. La différence entre les deux est expansive et on a beau avoir envie de se l'expliquer, les traits que l'on croit avoir compris sont toujours un peu plus compliqués qu'il n'y parait.
Les idées et théories deviennent vulgaires quand elles sont mal appliquées, une certaine vigilence s'impose et c'est une urgence à ne pas négliger. 
Mince...je suis idéaliste, c'est chou; mais je refuse juste de trouver normaux certains discours. L'appauvrissement du débat me fait peur et pourtant je crois encore en la politique et même plus que jamais.
Tout est politique, les échanges dans les discussions entre amis peuvent l'être. Il faut simplement l'accepter et ne pas vouloir changer de sujet à chaque fois que l'on aborde ce qui grince. Et surtout, refuser de faire des raccourcis en se préoccupant plus de l'image que l'on renvoie de nous quand on parle,que de ce que l'on dit.
Il me semble qu'en fait, la fin de l'illusion se trouve alors être le début des idées.